Traitements de l’épaule

Infiltrations de l’épaule : quand et pourquoi les utiliser ?

Les infiltrations peuvent soulager certaines douleurs de l’épaule et parfois aider à en préciser l’origine. Où injecte-t-on le produit, dans quelles situations sont-elles utiles et quelles précautions faut-il connaître ?

Infiltration de l’épaule sous contrôle échographique

Une infiltration consiste à injecter localement un médicament dans une articulation ou au voisinage d’une structure de l’épaule responsable des symptômes. Elle fait partie des traitements non chirurgicaux disponibles lorsque l’examen clinique et l’imagerie ont permis d’identifier l’origine probable de la douleur.

Qu’est-ce qu’une infiltration ?

Le produit le plus fréquemment utilisé est un corticoïde, médicament anti-inflammatoire destiné à diminuer localement l’inflammation et la douleur.

Un anesthésique local peut également être associé. Son effet est beaucoup plus rapide, mais de courte durée. Il peut notamment être intéressant lorsque l’infiltration possède aussi un objectif diagnostique.

L’infiltration traite principalement la douleur et l’inflammation : elle ne répare pas une lésion anatomique et ne permet pas de faire cicatriser un tendon rompu.

Pourquoi réaliser une infiltration de l’épaule ?

Une infiltration peut avoir deux objectifs différents : thérapeutique ou diagnostique.

Sur le plan thérapeutique, son objectif est de réduire suffisamment la douleur et l’inflammation pour améliorer l’utilisation de l’épaule et faciliter éventuellement la rééducation.

Elle peut être discutée dans différentes situations :

  • tendinopathie de la coiffe des rotateurs avec composante inflammatoire ;
  • bursite sous-acromiale ;
  • tendinopathie calcifiante ;
  • rupture de la coiffe lorsqu’une inflammation participe aux douleurs ;
  • arthrose gléno-humérale ;
  • arthrose acromio-claviculaire symptomatique.

Elle peut également avoir une valeur diagnostique. Une amélioration importante de la douleur après injection d’un anesthésique dans une zone précise peut aider à identifier cette région comme étant à l’origine des symptômes.

3 zones

Toutes les infiltrations de l’épaule ne sont pas identiques

Le choix du site d’injection dépend du diagnostic. Une infiltration sous-acromiale, gléno-humérale ou acromio-claviculaire ne cible pas les mêmes structures et ne répond pas aux mêmes indications.

Où peut-on réaliser une infiltration ?

Trois zones sont principalement concernées au niveau de l’épaule.

1. L’espace sous-acromial

Il contient notamment la bourse située au-dessus des tendons de la coiffe des rotateurs. Une infiltration sous-acromiale peut être utilisée lorsqu’il existe une inflammation ou une bursite associée à une tendinopathie, une calcification ou certaines ruptures de la coiffe.

2. L’articulation gléno-humérale

Il s’agit de l’articulation principale de l’épaule, entre la tête de l’humérus et la glène de l’omoplate. Une infiltration intra-articulaire peut notamment être discutée en présence d’une arthrose ou de certaines autres pathologies articulaires.

3. L’articulation acromio-claviculaire

Cette petite articulation située au sommet de l’épaule peut devenir douloureuse, notamment en cas d’arthrose. L’infiltration peut alors présenter à la fois un intérêt thérapeutique et diagnostique.

Comment se déroule une infiltration ?

L’indication est posée après avoir établi le diagnostic expliquant les douleurs. Le geste est ensuite généralement réalisé par un médecin radiologue sous contrôle échographique ou radiographique.

Ce guidage permet de visualiser la zone à traiter et de positionner précisément l’aiguille.

Il s’agit d’un geste ambulatoire : aucune hospitalisation n’est nécessaire. Les précautions d’hygiène ainsi que les éventuelles adaptations liées aux traitements habituels, notamment anticoagulants, sont précisées par le médecin réalisant l’infiltration.

Que faire après l’infiltration ?

L’épaule peut généralement être mobilisée après le geste. Un repos relatif d’environ 48 heures est cependant habituellement conseillé, en évitant notamment les efforts importants et les activités sportives sollicitant fortement l’épaule.

Une augmentation transitoire des douleurs peut parfois apparaître dans les heures suivant l’infiltration. Elle est généralement spontanément résolutive.

Quelle efficacité peut-on attendre ?

L’objectif principal est une diminution de la douleur. L’efficacité reste toutefois variable selon la pathologie et selon les patients.

Le bénéfice peut durer quelques semaines ou plusieurs mois, mais une infiltration ne constitue pas nécessairement un traitement définitif de la cause de la douleur.

Dans les pathologies de la coiffe des rotateurs, les données actuelles montrent surtout un bénéfice à court terme sur la douleur et la fonction. Une infiltration inefficace doit conduire à réévaluer le diagnostic et la stratégie thérapeutique plutôt qu’à répéter automatiquement le même geste.

Peut-on répéter les infiltrations ?

Il n’existe pas un nombre d’infiltrations identique et adapté à toutes les situations.

La décision dépend de la pathologie, du produit injecté, de la réponse obtenue après la première infiltration, de l’état des tendons et de l’existence éventuelle d’un projet chirurgical.

Les injections répétées doivent donc rester raisonnées. En particulier, lorsqu’une infiltration n’apporte aucun bénéfice, il est préférable de reconsidérer l’origine de la douleur avant d’en proposer une nouvelle.

Quels sont les risques ?

Les complications graves sont rares, mais plusieurs risques doivent être connus :

  • une recrudescence temporaire de la douleur dans les suites immédiates ;
  • un hématome, notamment en présence de certains traitements anticoagulants ou antiagrégants ;
  • une infection, exceptionnelle mais constituant la principale complication à redouter ;
  • des effets locaux des corticoïdes sur les tissus, qui justifient d’éviter la répétition injustifiée des injections.

Quand faut-il éviter ou différer une infiltration ?

Certaines situations nécessitent une prudence particulière ou peuvent contre-indiquer temporairement le geste :

  • une infection en cours ;
  • une infection ou une lésion cutanée au niveau du point de ponction ;
  • une allergie connue à l’un des produits envisagés ;
  • la présence d’une prothèse dans l’articulation que l’on envisage d’infiltrer ;
  • certains traitements anticoagulants nécessitant des précautions particulières ;
  • un projet chirurgical de l’épaule dans les semaines ou mois suivants.
3 mois

Infiltration et future prothèse d’épaule

Les données disponibles retrouvent une augmentation du risque infectieux lorsqu’une infiltration de corticoïdes est réalisée dans les trois mois précédant une arthroplastie de l’épaule. Lorsqu’une prothèse est programmée, il est donc important de signaler toute infiltration récente au chirurgien.

Et avant une chirurgie de la coiffe ?

Une vigilance existe également lorsqu’une réparation tendineuse est envisagée. Les corticoïdes peuvent avoir des effets sur les tissus et sur leur potentiel de cicatrisation, et les injections réalisées très près d’une chirurgie arthroscopique ont également été associées à une augmentation du risque infectieux.

Le délai entre l’infiltration et une éventuelle intervention doit donc être discuté au cas par cas avec le chirurgien.

Ce qu’il faut retenir

Une infiltration peut être utile pour diminuer certaines douleurs de l’épaule, faciliter la rééducation ou aider à confirmer l’origine des symptômes.

Elle ne doit cependant pas être considérée comme un traitement systématique. Son indication dépend de la pathologie, du site responsable de la douleur, des traitements déjà réalisés et d’un éventuel projet chirurgical.

Une consultation spécialisée permet de déterminer si une infiltration est pertinente et, surtout, quelle structure doit être ciblée.

Information médicale

Ce contenu est proposé à titre informatif. Il ne remplace ni un diagnostic, ni une consultation, ni une recommandation personnalisée. Les indications et contre-indications d’une infiltration doivent être évaluées individuellement.

Sources scientifiques

  1. American Academy of Orthopaedic Surgeons (AAOS). Management of Rotator Cuff Injuries — Evidence-Based Clinical Practice Guideline. 2025.
  2. Chowdhury A. et al. The safety of corticosteroid injection prior to shoulder arthroplasty: a systematic review. Shoulder & Elbow. 2024. PMID: 39552656.
  3. Schoell K. et al. Preoperative corticosteroid injections are associated with a higher periprosthetic infection rate following primary total shoulder arthroplasty: a systematic review and meta-analysis. Journal of Shoulder and Elbow Surgery. 2024. PMID: 39002882.
  4. Remily E. et al. Preoperative Corticosteroid Injections Within 4 Weeks of Arthroscopic Shoulder Procedures Are Associated With Increased Postoperative Infection Rates. Arthroscopy. 2024. PMID: 37689159.
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